"L'Université
de Birzeit a appris qu'un projet d'Accord de Coopération Scientifique
et Technique entre la Communauté Européenne et Israël
va être soumis à l'approbation du Comité pour l'Industrie,
le Commerce extérieur, la Recherche et l'Energie du Parlement européen
puis à l'ensemble du Parlement. Dans la perspective de relations
positives et productives avec l'Union Européenne, l'Université
de Birzeit souhaite faire partager ses préoccupations concernant
cet Accord. Nous espèrons que l'Accord prévu avec Israël
sera évalué non seulement dans le cadre habituel de tout
accord de coopération mais aussi dans le contexte de la politique
israélienne dans les territoires palestiniens occupés.
La poursuite de la politique du gouvernement israélien, faite d'enfermement,
de couvre-feux, de constructions de colonies illégales, de la construction
d'un « mur » d'apartheid, conduit à la division des
territoires palestiniens, en isolant complètement des villages,
des villes et des camps de réfugiés et en interdisant à
des milliers de Palestiniens d'accéder à leur lieu de travail,
aux services d'éducation et de santé. C'est une grave violation
des droits de l'homme. Selon la loi internationale et les conventions
de Genève, la puissance occupante a des responsabilités
précises à l'égard des populations sous occupation.
Il appartient aussi aux gouvernements ayant signé les conventions
de Genève, non de coopérer, mais de condamner tout gouvernement
qui viole les droits humains d'un peuple sous occupation.
L'université de Birzeit, comme toutes les organisations de la société
civile palestinienne, a subi de terribles préjudices du fait de
l'interminable occupation israélienne et des mesures inhumaines
dues à la violence et à la terreur qu'exerce cet Etat. La
justification de ces mesures donnée par l'Etat israélien
est qu'elles répondent à la violence et à la terreur
Palestiniennes. L'Autorité Palestinienne, alors qu'elle cherche
à faire diminuer la violence autant qu'elle en a la capacité,
a constamment condamné la violence de quelque côté
que ce soit et pour quelque raison que ce soit. Mais disant cela, nous
savons que l'occupation s'est installée sur cette terre bien avant
que la violence Palestinienne ait débuté et cette violence
est réellement la réponse malheureuse à une occupation
qui persiste et refuse de diminuer depuis des décennies. Il faut
aussi rappeler qu'après les accords d'Oslo, une étape importante
pour une possible fin du conflit, la population palestinienne a rencontré
les soldats israéliens non avec des pierres, mais avec des rameaux
d'olivier, symbole de paix et geste d' importance pour établir
un contact avec l'occupant. La réponse a été : davantage
de colonies, et davantage de confiscations de terre ! C'est avec en toile
de fond la permanence de l'occupation que la violence et la contre-violence
ont surgi. La seule solution c'est que l'Etat d'Israël comprenne
que l'occupation militaire doit prendre fin. C'est ce que les occupants
tout au long de l'histoire ont appris malheureusement après nombre
d'atermoiements. Peu importe que la situation soit passionnelle pour l'occupant
et peu importe que l'occupant soit habitué à la gloire et
aux butins de l'occupation, la meilleure solution est d'en finir avec
l'occupation. En mettant fin à l'occupation, la solution du conflit
devient possible ou du moins s'en rapproche-t-on.
Israël a continuellement affirmé que la fin du conflit ne
pourrait être trouvée qu'à travers un règlement
négocié. C'est une affirmation qui paraît bonne de
prime abord. Mais avec la supériorité de la puissance militaire
d'Israël comparée à celle des Palestiniens, aucun accord
négocié n'a pu être conclu. Israël a imposé
son veto à toute solution qui ne lui convenait pas. C'est pourquoi
aucune solution n'a été possible jusqu'ici. Un moyen correct
serait de laisser cette question à l'arbitrage d'un troisième
partenaire impartial comme les Etats-Unis ou l'Europe qui pourraient intervenir
en médiateurs et définir des frontières en termes
de légalité plutôt que de laisser une telle question
se décider par l'équilibre de la force. C'est parce que
cet équilibre est en faveur d'Israël que la résolution
de ce conflit est restée inaccessible.
Si Israël avait accepté l'intervention de la communauté
internationale, alors la solution aurait été à portée
de main et la vie et les souffrances de tant de Palestiniens et d'Israéliens
auraient été épargnées.
La conséquence de cette situation politique est que les institutions
éducatives palestiniennes, et les universités en particulier,
ne fonctionnent pas normalement sous l'occupation militaire. A certains
moments, les universités palestiniennes sont fermées, ou
bien on en refuse l'accès aux étudiants, les universitaires
et les étudiants sont harcelés, humiliés et même
emprisonnés pour avoir voulu continuer à travailler et à
étudier.
Malheureusement, l' « establishment » universitaire israélien
est resté singulièrement silencieux face à cette
occupation qui s'éternise et aucun groupe académique israélien
ni aucune association professionnelle ne s'est désolidarisé
de l'occupation et de ses pratiques. Au contraire, plusieurs membres illustres
des universités israéliennes ont servi – sans aucune critique
de la part de leurs collègues – et à des postes de haut
niveau – de conseillers du gouvernement militaire, ou de consultants auprès
des services de renseignements et du gouvernement. En même temps,
à chaque fois que des universitaires israéliens ont essayé
individuellement d'affirmer fortement leur opposition à l'interminable
occupation, leurs pairs les ont discrédités et rejetés.
Ainsi, la ratification de l'Accord prévu entre la Communauté
Européenne et Israël sera perçue comme un soutien de
plus à Israël et pourrait encourager Israël à
poursuivre son occupation militaire et ses continuelles violations des
droits de l'homme. Il faudrait aussi rappeler comment le boycott international
du régime d'apartheid en Afrique du Sud a permis de trouver une
solution équitable au conflit dans ce pays.
En même temps, sans le vouloir, nous pourrions laisser supposer
qu'un tel accord, s'il était ratifié, bénéficie
aussi aux universités Palestiniennes qui pourraient coopérer
avec des universités Israéliennes. Mais il faut souligner
que la coopération entre universités Israéliennes
et Palestiniennes est, soit impossible, soit réduite au minimum
absolu. Cette absence de coopération est le résultat direct
de la situation politique et nous espèrons que la communauté
internationale comprendra la dynamique des relations entre l'occupant
et ceux qu'il maintient sous occupation. Dans le cadre de cette dynamique,
la coopération n'est ni encouragée, ni bienvenue. Ce n'est
ni dogmatisme, ni préjugé, mais une position dictée
par les terribles réalités de l'occupation militaire. Ce
n'est pas une position prise seulement par les Palestiniens. Dans tous
les exemples historiques d'occupation militaire, les populations sous
occupation se sont détournées de toute coopération
avec l'occupant ou ses institutions, qu'elles aient été
civiles ou gouvernementales. C'est dans ce contexte que l'Université
de Birzeit et la majorité des universités Palestiniennes
ne trouvent pas souhaitable la coopération avec les institutions
Israéliennes.
C'est contre cette perspective d'étranglement politique que cette
lettre est écrite. Mais pour ceux qui ne connaissent pas l'université
de Birzeit, il convient de souligner que l'Université est leader
dans le développement de programmes universitaires novateurs qui
encouragent les droits humains, l'enseignement du droit et le droit des
femmes. Elle est reconnue internationalement comme une institution tournée
vers les valeurs démocratiques, le pluralisme et la libre circulation
des idées et comme un partenaire dans la production de services
à la communauté. Cette université a de nombreux accords
de coopération avec des organismes et institutions internationaux.
Cette coopération a contribué à faire connaître
Birzeit et sa communauté. L'impossibilité de l'Université
de Birzeit à fonctionner normalement affecte de façon négative
le développement d'une société palestinienne saine
et viable et le développement d'un administration (Etat), de même
que la possibilité d'une paix future et d'une réconciliation.
Tandis que l'Université favorise des accords de coopération
internationale, elle espère que la fin du conflit permettra que
la coopération entre institutions palestiniennes et israéliennes
devienne une activité normale.
Les problèmes politiques dans cette région sont graves et
ont malheureusement des ramifications globales qui s'opposent en permanence
à la stabilité de cette région à moins qu'une
solution juste et équitable ne soit trouvée. C'est dans
ce contexte que l'Université de Birzeit souhaite exprimer ses préoccupations
quant au renouvellement de l'Accord de coopération scientifique
et dire combien un tel accord contribue à repousser encore plus
loin la solution politique. En même temps l'Université invite
tous les membres du Parlement Européen, ainsi que tout responsable
dans le domaine de l'éducation en Europe, à soutenir l'université
de Birzeit dans son travail d'éducation libérale et ouverte,
éducation qui sera, espérons-le, la pierre angulaire de
la paix et de la prospérité dans le futur."
(traduit par Carole Sandrel)
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